« STG va nous apporter de la stabilité, des moyens supplémentaires, et une aide très importante sur le marché américain »
SCM : En juillet dernier, l’offre de STG à 0,61 € par action, bien inférieure au prix de 1,82 € proposé lors de sa première tentative d’OPA ratée en 2007, semblait plutôt vouée à l’échec
On voyait mal les actionnaires finlandais d’Aldata qui avaient dit non à STG en 2007 changer leur fusil d’épaule
Que s’est-il passé ?
Bertrand Sciard : Je pense que les actionnaires finlandais voulaient effectivement dire non
Dès que Symphony a annoncé qu’il avait dépassé le seuil des 30%, et qu’ils étaient donc obligés de lancer une offre sur la totalité des actions d’Aldata, Ilmarinen, qui est un fonds de pension finlandais très important et qui avait déjà bloqué le premier deal en 2007, a immédiatement réagi en rachetant quelques actions sur le marché pour passer de 9,9% à 10%
Le message était clair, ça voulait dire : « vous n’y arriverez pas, on bloque »
Mais entre temps, il s’est quand même passé des choses fin juillet début août sur les marchés boursiers
Et là, Ilmarinen a décidé de vendre
A partir de ce moment, il était très difficile pour le Board d’Aldata de déconseiller aux autres actionnaires de ne pas vendre.
SCM : Le fait d’avoir désormais un unique actionnaire fort
va-t-il permettre à Aldata de mener une politique de fusions/acquisitions
Notamment en logistique, où Aldata caresse depuis longtemps le projet d’ajouter à son offre un outil de TMS ?
Bertrand Sciard : Cela change tout
Nous étions très limités dans les choix de ce que l’on voulait faire et de ce qu’on ne voulait pas faire
Au niveau du board, nous avions des actionnaires qui étaient très intéressés par la stratégie de fusion/acquisitions, c’était surtout STG (ndlr : qui détenait un peu moins de 30% du capital), et de l’autre côté des actionnaires traditionnels, qui ne voyaient pas le besoin de réinjecter du cash dans l’entreprise pour lui donner les moyens de croître
La situation était complètement bloquée, c’était très frustrant pour le management
Pour nous c’est une excellente nouvelle, et je pense que c’est aussi une excellente nouvelle pour les clients
Cela apporte beaucoup plus de stabilité, des moyens supplémentaires, et une aide très importante sur le marché américain que Symphony connait très bien.
SCM : Vous les connaissez bien pour avoir travaillé dix ans à leurs côtés lorsque vous étiez CEO d’Intentia puis de Lawson, qui faisaient tous deux partie du portefeuille de STG
Quel genre d’actionnaire est STG ?
Bertrand Sciard : Très sincèrement, c’est un très bon partenaire
C’est un actionnaire très actif, dans le bon sens du terme
Ils ne sont pas intrusifs du tout
Leur objectif n’est pas d’intervenir dans le micro-management, ils font confiance à ce niveau-là
Ce qui ne veut pas dire qu’ils vont me garder comme CEO, ils en profiteront peut-être pour mettre du sang neuf, mais il n’empêche que pour le management d’Aldata, Symphony est un partenaire très intéressant
Je me rappelle d’une phrase qu’ils utilisaient à l’époque : quand les gens de Symphony investissent, ils s’investissent aussi
L’idée c’est d’investir dans des sociétés qu’ils peuvent aider ensuite dans leur transformation.
SCM : STG a racheté IBS il y a quelques mois
Est-ce une coïncidence ou cela augure-t-il d’un futur rapprochement avec Aldata ? Les deux éditeurs sont présents sur le marché de la distribution.
Bertrand Sciard : Je ne le crois pas
J’étais au board d’IBS jusqu’en mai de l’année dernière et je ne pense pas que les choses aient beaucoup changé depuis
IBS est beaucoup plus orienté sur des modules de distribution dans le monde de l’ERP et de la gestion commerciale mais pas du tout dans le retail, avec des chaînes de magasins, des caisses enregistreuses, des entrepôts à gérer etc
Je ne pense pas qu’il y ait énormément de synergies entre IBS et Aldata, sur la partie client en tout cas.
SCM : Comment adapter l’entreprise au fait qu’il y a de moins en moins de gros projets et davantage de contrats d’optimisation, plus courts ?
Bertrand Sciard : Ce que nous essayons de faire, c’est de bâtir une plate-forme qui fasse que, quoi qu’il arrive dans notre niveau de ventes de licences, nous continuions à gagner de l’argent
Pour cela, il faut que l’on soit moins dépendants de très très gros projets
En clair, il faut pouvoir à la fois chasser des éléphants et des perdreaux
C’est pour cela que nous sommes en train de créer une structure avec d’un côté la partie optimisation, avec beaucoup de petits projets entre 50 et 200.000 Euros et de l’autre un ou deux projets par an de la supply chain du retail, beaucoup plus importants, et qui vont s’étaler davantage dans le temps.
Propos recueillis par Jean-Luc Rognon