Hier, les étudiants du Mastère Spécialisé Logistique et Management de la Supply Chain de l’Essec ont organisé une matinée d’échanges sur le thème : « Quel rôle pour le SC manager dans les choix stratégiques de délocalisation et de relocalisation des activités de production ? » Ont apporté leurs témoignages Marc-André Charbonnier, Directeur des partenariats privés Opérations KD Volvo EMEA, qui a notamment installé, géré durant 10 ans, puis fermé une usine de production de camions en Turquie ; Grégory Trebaol, PDG d’Easybike, qui a récemment racheté la marque Solex et est en train d’installer un site de fabrication de vélos à assistance électrique à St Lo, en Normandie ; Charles-Edouard Ranchin, SC Manager de Kenzo, qui a écrit un livre blanc sur une méthode destinée à faciliter les relocalisations (l’effet ressort) et Gilles Attaf, PDG de Smuggler, qui se bat depuis des années pour conserver la dernière usine de fabrication de costumes à Limoges
Les intervenants ont commencé par évoquer les raisons incitant les entreprises à délocaliser ou relocaliser (attrait d’un marché local, barrières douanières ou réglementaires imposant de s’implanter dans un pays, main d’œuvre moins chère, savoir-faire local, image du Made in France, qualité de fabrication et de service…). « Potentiel du pays et de ceux autour, réglementations douanières, modes de paiement, facilités d’import de pièces et d’exports de produits finis, existence de fournisseurs fiables… sont autant d’éléments à intégrer dans la décision stratégique prise avec la Direction Générale de délocaliser ou relocaliser », résume Marc-André Charbonnier
En général, ce type de décision prend de l’ordre de 18 mois, se sont accordés à estimer les intervenants, en précisant que les délais peuvent bien sûr varier selon l’ampleur du projet et la taille de l’entreprise considérée
Concernant le rôle de pouvoirs publics, Gilles Attaf a souligné l’existence de la BPI, « qui existe heureusement pour le travail que les banques ne font pas »
Charles-Edouard Ranchin a quant à lui insisté sur la modernisation des douanes et sur l’intervention possible de consultants du Ministère du Redressement Productif (MRP) pour accompagner les entreprises dans leur développement
Grégory Trebaol reconnaît également l’impulsion donnée par les pouvoirs publics (MRP, BPI, Communauté de commune de St Lo…) pour obtenir une aide à la relocalisation en trois/quatre mois, trouver un terrain, pouvoir s’installer… Charles-Edouard Ranchin a ensuite exposé sa méthodologie d’aide à la relocalisation, « l’effet ressort », qui s’appuie sur son expérience personnelle d’acheteur et de SC Manager. « Ce schéma simple et applicable à toute société manufacturière comporte quatre boucles principales ordonnées comme suit : Législations, R&D, Achats et Mise en industrialisation », explique-t-il, le but étant d’analyser les freins et opportunités de relocalisation
En conclusion, les intervenants ont souligné le rôle croissant du SC Manager dans les décisions stratégiques des entreprises (souvent de frein à la délocalisation d’ailleurs, sur la base des coûts complets qu’il peut calculer), en tant notamment qu’interface entre la production et le commercial, mais aussi que spécialiste de l’élaboration des « route to market » optimales, en tenant compte de multiples paramètres
Pour Charles-Edouard Ranchin, « il y a des raisons de croire à la ré-industrialisation de la France parce que les clefs sont là et que relocaliser dans l’Hexagone ne coûte pas plus cher ». CP
Photo ci-contre : Charles-Edouard Ranchin,
SC Manager de Kenzo