Le berlinois Ctrl+S jette le doute sur les estimations du Scope 3

Les quatre cofondateurs de Ctrl+S, de g. à d. : Moritz Nill (CEO), Hannah Billenstein (CPO), Marcel Severith (CIO) et Johannes Scholz (COO). © Ctrl+S

A l’heure où les entreprises doivent s’attaquer sérieusement au « gros morceau » de la décarbonation de leur supply chain, à savoir le « Scope 3 » (émissions indirectes de CO2 en amont côté fournisseurs et en aval côté transporteurs), la startup berlinoise Ctrl+S pointe du doigt les limites de la méthodologie CCF (Corporate Carbon Footprint), communément employées par les grands groupes internationaux. Pour cela, elle s’appuie sur une étude qu’elle a réalisée il y a quelques mois avec des chercheurs de l’Université suisse de Saint-Gall portant sur l’analyse des données d’empreinte carbone de 62 « bons élèves » européen (selon le système de reporting environnemental CDP, Carbon Disclosure Project). Le constat scientifique est édifiant : la totalité de ces entreprises affichent une assez forte volatilité de leurs données Scope 3 entre 2018 et 2023. Et selon Moritz Nill, le CEO de Ctrl+S, ces changements brutaux et parfois très conséquents n’ont pas grand-chose à voir avec des activités de réduction des émissions (qui seraient limitées à quelques pourcents par an).

Un biais qui ne permet pas de passer à l’action

Ctrl+S en est persuadée, cette instabilité dans les estimations est liée au mode de calcul simplificateur utilisé généralement, qui fait qu’un fournisseur va estimer ses émissions totales et en attribuer une fraction à chacun de ses clients en fonction de la part de production achetée. Un procédé qui a certes l’avantage de garantir que les bénéfices de toute réduction d’émissions mise en œuvre par le fournisseur seront répercutés sur ses clients, sauf qu’un grand nombre de facteurs non pertinents (acquisitions, cessions, changement de gammes de produits, évolution des méthodologies comptables) viennent aussi polluer l’estimation. « L’utilisation du CCF ne permet ni une comparaison équitable entre les fournisseurs, ni l’assurance un suivi cohérent des émissions au fil du temps » résume ainsi Clément Gaspais, associé chez Ctrl+S et en charge du marché français. Pour s’attaquer à ce problème, la startup créée en 2022 à Berlin a développé une plateforme digitale composée de deux modules : item+s, qui convertit les données d’achats en empreinte carbone compatibles CSRD et protocole GHG en s’appuyant sur une cartographie des émissions dans plus de 500 secteurs et de nombreux pays, et supplier+s, un outil conçu pour engager les fournisseurs à grande échelle sur les objectifs de décarbonation de leurs donneurs d’ordre en utilisant des leviers de comptabilité, de benchmarking et de formation. JLR

Auteur :

Jean-Luc Rognon

04/03/2026

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