A la veille du salon Supply Chain Event 2025, qui s’était tenu à Paris Expo Porte de Versailles, Pavillon 5.1, l’éditeur italien SedApta, spécialisé dans les solutions d’orchestration de la Supply Chain et d’optimisation des processus industriels, avait pris le nom d’Elisa Industriq. Son CEO France, Fabrice Chausserais, a répondu aux questions de Supply Chain Magazine dans cette BIG Interview sur les nouveaux développements et les ambitions d’Elisa Industriq à l’international.
Supply Chain Magazine : Pourquoi ce changement de nom ?
Fabrice Chausserais : Officiellement, le changement de nom ne sera effectif que début décembre. C’est la suite logique de la prise de contrôle du capital de l’entreprise par le groupe de télécommunication et de services digitaux finlandais Elisa en octobre 2024 et de l’intégration de l’ intégration de SedApta au sein de l’entité Elisa Industriq (voir NL 4065).
Cela reflète également notre ambition de devenir un leader mondial dans notre domaine sous la bannière Elisa Industriq, et plus seulement européen, en s’appuyant désormais sur les filiales d’Elisa Industriq en Amérique du Nord et en Asie pour développer notre présence sur ces régions. Elisa Industriq, c’est un effectif mondial de 1.500 collaborateurs (dont 550 pour le périmètre SedApta) focalisés sur les solutions logicielles pour l’industrie.
SC Mag : Cette bannière Elisa Industriq vous ouvre-t-elle également des perspectives au niveau des cibles de clientèle ou des secteurs couverts par vos solutions ?
Fabrice Chausserais : Non, notre cible reste la même, ce sont les entreprises industrielles de plus de 100 M€ de CA, dans tous types d’industries, l’industrie discrète ou de process, la mode, l’agroalimentaire, la pharma, l’aéronautique, la défense, la plasturgie, la mécanique, etc.
SC Mag : le nom SedApta a-t-il vocation à disparaître ?
Fabrice Chausserais : Non, SedApta restera le nom de la suite applicative Supply Chain d’Elisa Industriq, basée sur la plateforme digitale collaborative end-to-end DDM+ (anciennement O.S.A+). Parce qu’il faut savoir qu’au sein du groupe, il y a aussi d’autres solutions spécialisées au portefeuille, comme par exemple camLine, qui est une solution très verticale pour l’industrie du composant électronique (notamment pour le SPC, le Contrôle Statistique des Processus), CalculQuote, qui gère toute la partie Supply Chain et stocks de l’industrie électronique, ou encore Tenforce pour le QMS (Quality Management System).
SC Mag : En l’espace d’une dizaine d’années après sa création, SedApta a atteint un CA de 53 M€ en 2024 dans les solutions d’orchestration SC. Quelle est la prochaine étape ?
Fabrice Chausserais : L’objectif, c’est de poursuivre notre croissance à deux chiffres et de se positionner en concurrent n°1 des leaders mondiaux. Effectivement, la société SedApta a été créée fin 2014 et s’est enrichie progressivement de rachats successifs que ce soit Osys en France, ou Hyla Soft, Atomos ou encore NextChain en Italie. Mais pour autant, notre plateforme n’est pas un patchwork de modules disparates, elle a été entièrement redéveloppée entre 2020 et 2023 pour intégrer toutes ces applications et les faire fonctionner sur une seule et même base de données. La dernière application en date que nous avons intégrée est le TMS NextRoute, que nous avons présenté au dernier SITL en avril. Et je vous donne un scoop : au début de l’an prochain, nous allons y intégrer un WMS, celui de la société finlandaise Leanware que nous avons rachetée il y a un an et demi.
SC Mag : Le partenariat technologique et le début de l’histoire avec le groupe Elisa datent de 2021. Sur quoi cela portait-il ?
Fabrice Chausserais : au début, c’était surtout sur l’intelligence artificielle car le groupe Elisa, qui est l’opérateur télécom historique en Finlande, possède un grand pôle de compétences et de développeurs dans ce domaine. L’IA intégré dans nos solutions provient de cette collaboration avec Elisa.
SC Mag : Sur Supply Chain Event 2025, vous allez présenter DDM+, l’évolution de la plateforme digitale collaborative end-to-end O.S.A+ qui couvre à la fois les prévisions de ventes, l’optimisation des stocks, la gestion des fournisseurs et de la sous-traitance, la planification, l’ordonnancement, ainsi que les solutions MES et TMS. C’est quoi la nouveauté ?
Fabrice Chausserais : la grande nouveauté, c’est le gestionnaire virtuel basé sur l’IA LUMI Virtual Manager, qui est justement le fruit de notre collaboration, depuis 2 ou 3 ans avec Elisa. Et ce qui nous permet d’intégrer Lumi VM à notre plateforme DDM Plus. Cet assistant IA a été conçu pour accompagner et éclairer au quotidien les managers dans chacune de leurs fonctions, par exemple indiquer quel modèle d’heuristiques utiliser pour faire une simulation de planification dans telle ou telle situation, renseigner immédiatement sur le taux de panne d’une machine en atelier, ou sur la capacité réelle à produire en se basant sur les derniers forecasts. En résumé, l’objectif est de faire gagner du temps à l’utilisateur. L’autre nouveauté de DDM+2025, c’est notre TMS NextRoute.
SC Mag : Ce TMS a-t-il des spécificités inédites sur le marché ?
Fabrice Chausserais : la logique est surtout de pouvoir proposer une offre en continuité avec l’ensemble de nos outils de planification. Et il y a aussi des différenciants, notamment au niveau de l’interface graphique qui est assez disruptive, très plaisante et facile à utiliser, à l’image de l’ensemble de notre suite logicielle. Fonctionnellement, NextRoute va assez loin, il gère le multimodal, les enchères, les appels d’offres, la planification transport. Et quand il sera complété par le WMS, nous allons vraiment avoir une offre globale de pilotage de la Supply Chain en production et en logistique pour un industriel.
SC Mag : Prévisions de ventes, optimisation des stocks, gestion des fournisseurs et de la sous-traitance, planification, ordonnancement, module DDMRP, tour de contrôle, MES, TMS et bientôt WMS. L’étendue de la suite SedApta est assez inédite sur le marché. Quelle est la proportion de vos clients qui ont choisi de tirer parti de l’ensemble de cette gamme intégrée ?
Fabrice Chausserais : Sur la totalité de la gamme, la proportion est encore faible, mais nous sentons que la tendance est là. Quand nous avons commencé en Supply Chain il y a 7 ans, la logique de remonter du MES dans les usines jusqu’à la planification SC n’était pas toujours comprise. Aujourd’hui, personne ne se pose plus la question. Nous avons des clients comme Panzani qui ont déjà installé notre MES et qui sont en train de déployer la partie S&OP, ou Sothema en pharma, qui après une mise en œuvre de la planification, va déployer l’ordonnancement dans ses usines l’an prochain. Et nous venons de signer un très gros dossier avec un industriel français qui va également dans ce sens.
SC Mag : Observez vous chez vos clients la volonté de rapprocher la planification court et moyen terme de la partie exécution ?
Fabrice Chausserais : Oui bien sûr. J’ai visité la semaine dernière un de nos clients italiens qui, en unifiant sa planification, son ordonnancement et son MES, a été capable de faire passer son lead time de 9 à 6 semaines en 2 ans. C’est énorme ! C’est une certitude, il y a de vraies attentes en matière d’orchestration entre les différents métiers car dans ce contexte d’instabilité, il faut sans cesse retravailler à très court terme ce qu’on vient de planifier, et nos outils le permettent.
Propos recueillis par Jean-Luc Rognon