Julien Barbalat, Vice-président Supply Chain de Michelin China, est interviewé par Jean-Marc Soulier dans la rubrique French Touch du SC Mag n°91.
Vice-président Supply Chain de Michelin China depuis septembre 2025, Julien Barbalat pilote un réseau d’une centaine d’entrepôts servant quelque 20 000 clients. Dans un marché chinois extrêmement réactif, le manufacturier conjugue haut niveau de service, réduction des stocks, intelligence artificielle et décarbonation du transport.
Michelin fait partie des grands groupes français solidement implantés en Chine, où il emploie près de 7 000 collaborateurs et exploite cinq usines. C’est à Shanghai que nous avons rencontré Julien Barbalat, vice-président Supply Chain de Michelin China. L’occasion d’évoquer son parcours, les particularités du marché chinois et les enjeux opérationnels d’une Supply Chain soumise à une forte pression.
« En tant que marque premium, Michelin doit offrir à ses clients un niveau de service élevé tout en réduisant ses stocks, son coût de service et son empreinte carbone. »
Jean-Marc Soulier : Pouvez-vous nous présenter votre parcours et nous expliquer comment vous avez découvert la Supply Chain ?
Julien Barbalat : Je suis entré dans la Supply Chain un peu par hasard. Après des études de statistiques, ma première expérience dans le secteur bancaire ne m’avait pas réellement convaincu. J’ai alors rejoint Michelin comme prévisionniste. Pourquoi Michelin ? Sans doute parce que je vivais à Clermont-Ferrand et que mon père y avait travaillé toute sa carrière comme ouvrier.
Je suis resté plusieurs années à ce poste avant de partir au Royaume-Uni. J’avais envie d’élargir mon horizon. Je suis devenu demand manager dans une ETI industrielle à Nottingham.
Quatre ans plus tard, je suis revenu en Auvergne chez Michelin, toujours dans les prévisions, avant d’évoluer vers un poste de Supply Chain manager pour les pays nordiques, basé à Stockholm. J’y ai découvert un environnement très particulier, marqué par des saisonnalités extrêmes et le poids stratégique des pneus adaptés à la conduite sur glace.
J’ai ensuite pris la responsabilité de projets liés aux nouvelles offres de services. Cette expérience s’est révélée particulièrement enrichissante, notamment avec la mise en place du VMI (Vendor Managed Inventory) auprès de grands comptes comme Mobivia.
En 2023, j’ai de nouveau pris la route de l’international, d’abord à Bangkok, afin de piloter la Supply Chain industrielle en Asie, avec des usines en Inde, en Chine, en Indonésie et en Thaïlande. Puis, en septembre 2025, j’ai pris la direction de la Supply Chain commerciale de Michelin en Chine, poste que j’occupe aujourd’hui.
Comment s’articulent votre organisation et votre réseau logistique en Chine ?
Je pilote une équipe d’environ 50 personnes couvrant les prévisions, l’approvisionnement, la gestion des stocks et la distribution des produits destinés au marché chinois.
Nous commercialisons près de 1 000 références de pneumatiques, principalement pour les véhicules particuliers, mais aussi pour l’aéronautique, les poids lourds, le génie civil et les vélos.
Le marché chinois est alimenté à plus de 90 % par deux usines locales de Michelin : l’une à Shanghai et l’autre à Shenyang, dans la province du Liaoning. Cette dernière a rejoint en 2026 le réseau mondial des « usines vitrines » du Forum économique mondial, qui distingue les sites industriels les plus avancés en matière de transformation numérique. Ces deux usines produisent des pneus pour les voitures particulières.
Notre réseau de distribution est particulièrement dense, avec une centaine d’entrepôts répartis sur l’ensemble du territoire. À l’échelle de la Chine, cette capillarité est indispensable pour servir environ 20 000 clients revendeurs, principalement des centres de montage de pneumatiques.
Nous opérons deux entrepôts centraux, une quinzaine d’entrepôts régionaux et plusieurs dizaines d’ADC (Agent Distribution Centers). Ces derniers appartiennent à nos agents, une cinquantaine au total, mais les stocks restent la propriété de Michelin.
Ces partenaires jouent un rôle essentiel, à la fois logistique et commercial, dans l’animation de leur zone. À cela s’ajoutent des entrepôts dédiés à l’approvisionnement des usines des constructeurs automobiles pour la première monte.
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