Retour en février 2025 suite à une décision du Tribunal de commerce de Marseille : c’est la plateforme technologique Bigblue, dédiée à la logistique omnicanale, qui reprend l’entrepôt Dispeo de 35.000 m² à Évreux, ainsi que 151 employés, dans le cadre de la procédure de redressement judiciaire de la filiale logistique de Hopps group (voir NL 4053).
Pour Bigblue, dont la solution de Fulfillment (logistique et expédition) s’appuyait jusqu’à présent uniquement sur des entrepôts de partenaires (notamment Kuehne+Nagel, GXO et Log’S, mais aussi Dispeo), c’est le premier entrepôt exploité en propre et qui sera également utilisé comme un centre d’excellence pour le développement et l’optimisation de ses processus logistiques et de ses outils technologiques, notamment son WMS Atlas.
Mathias Griffe, cofondateur et CTO de Bigblue répond aux questions de Supply Chain Magazine dans cette BIG Interview sur le tournant stratégique de cette entreprise créée en 2018.
SC Mag : Comment cette reprise du site Dispeo Évreux s’inscrit-elle dans votre stratégie ?
Mathias Griffe : Tout d’abord, je tiens à préciser que Dispeo Évreux faisait partie des entrepôts partenaires de Bigblue depuis 2019, l’activité pour nos clients occupant 15 à 20% du site. Quand l’opportunité de rachat s’est présentée, c’était un peu une suite logique, d’autant que depuis 2023 et le développement en interne de notre propre WMS, Atlas, nous avions déjà l’intention d’acquérir un entrepôt pour aller plus vite dans l’itération et l’innovation de ce nouvel outil.
Il nous fallait un site en propre qui puisse nous servir de démonstrateur et un peu de laboratoire d’expérimentation pour aller toujours plus loin dans ce que notre WMS peut faire, en termes d’algorithmes, de performances, de productivité mais aussi de bien-être au travail pour les opérateurs.
SC Mag : Cela remet-il en cause votre stratégie de partenariats avec des 3P comme Kuehne+Nagel, GXO ou Log’S ?
Mathias Griffe : Non pas du tout. Nous restons attachés à notre fonctionnement avec des entrepôts partenaires et continuons d’étendre notre réseau en déployant notre WMS chez les plus grands 3PL. Nous n’avons pas comme projet de remplacer tous nos sites par des sites en propre pour des raisons évidentes : notre spécialité, c’est l’expertise technologique et métier que l’on est capable d’apporter à nos clients comme à nos partenaires. En ce sens, le rôle de démonstrateur du site d’Evreux va être crucial pour valider les améliorations et les innovations. Notre cœur de métier c’est de répliquer cela et de l’appliquer ensuite sur tout notre réseau de partenaires.
SC Mag : Que dire sur ce site d’Evreux, qui devient votre première et unique plateforme logistique en propre ?
Mathias Griffe : C’est un très bel entrepôt, non mécanisé (ndlr : contrairement au site Dispeo Beauvais, racheté par l’éditeur informatique Comme un Lundi), de 31.000 m² au sol (35.000 au total en comptant les bureaux), divisé en 5 cellules. Mais ce sont surtout des gens, 151 personnes, qui ont une vraie expertise terrain et un grand savoir-faire logistique depuis longtemps, ainsi qu’un beau portefeuille de clients qui poursuivent avec nous comme les grandes marques Aigle et Greenweez, la marketplace de Carrefour. Nous allons leur faire bénéficier des gains de productivité de près de 25% dans la préparation des commandes B2C et B2B de notre WMS Atlas que nous avons constatés par rapport à leur outil existant (ndlr : le WMS de Manhattan Associates).
SC Mag : Quels sont les chiffres clés de Bigblue en termes d’effectifs, de sites, de nombre de clients ?
Mathias Griffe : Avant le rachat de Dispeo Évreux, nous étions 125, donc notre effectif est proche de 300 personnes. En nombre de sites, nous sommes présents sur 6 sites en France, dont Evreux (ndlr : 3 chez K+N, un chez GXO et un chez Log’S) et trois entrepôts en Europe, Angleterre, Espagne et Allemagne, également via des partenaires. Notre portefeuille clients compte plus de 600 marques, dont les deux tiers en France, et nous avons dépassé en 2024 le milliard d’euros de volume d’affaires expédié (tout en étant rentable), ce qui représente des dizaines de millions de commandes préparées annuellement.
SC Mag : L’expertise approfondie des équipes d’Évreux dans l’ominicanal modifie-t-elle le positionnement de l’offre Bigblue, historiquement centrée sur la logistique ecommerce des DNVB (Digital Native Vertical Brands) du monde de la mode ?
Mathias Griffe : La proposition de valeur de notre plateforme technologique n’a pas changé : quelle que soit la taille de la marque, des opérations omnicanales de classe mondiale clés en main en termes de visibilité temps réel, d’expérience sur la qualité des livraisons et les retours, et de fiabilité des delivery promises faites au client final. La satisfaction client mesurée sur toute l’expérience de livraison atteint les 96% en moyenne alors que le benchmark de l’industrie est plutôt aux alentours de 70%. C’est vrai que Bigblue a étendu son offre aux grands comptes en 2024, en accueillant plus de 20 grandes marques sur notre plateforme, dont Muji et Cabaïa par exemple. Nous prévoyons de doubler ce nombre en 2025. Coté omnicanal, notre offre technologique (TMS Voyager et WMS Atlas notamment) propose des fonctions avancées telles que l’allocation dynamique des stocks par canal de vente et des dashboards en temps réel sur tous les canaux de vente.
SC Mag : Quelles sont les étapes suivantes pour Bigblue ?
Mathias Griffe : La magie, c’est que le marché de la logistique omnicanale est encore complétement à conquérir pour nous. Cette année, notre croissance en France pourra être soutenue par le site de Dispeo Évreux mais dès l’année prochaine, il faudra aller chercher d’autres sites dans l’Hexagone via nos partenaires. Et notre ambition est aussi d’étendre notre présence en Europe, de continuer à travailler avec les plus grosses marques pour développer cette couche de valeur ajoutée qui leur simplifie la vie et les opérations, et d’innover pour maintenir l’expérience client au niveau des meilleurs.
Propos recueillis par JLR