Interview Brice Pigaglio (GSE) : « Réhausser le curseur des ambitions bas carbone »

L’entrepôt AEW d’Intersport sur le PIPA a été rénové et étendu de 33.000 m² par GSE avec une labélisation CircoLab, la première axée réemploi. Crédit : Tichodrone
L’entrepôt AEW d’Intersport sur le PIPA a été rénové et étendu de 33.000 m² par GSE avec une labélisation CircoLab, la première axée réemploi. Crédit : Tichodrone
18/08/2026

L’objectif est de réduire de 40% les consommations d’énergie finale des bâtiments GSE d’ici 2030, d’où l’enjeu de favoriser des ambitions plus élevées en matière de décarbonation du côté clients pour leurs projets de construction d’entrepôt, ou de rénovation. Entretien avec Brice Pigaglio, responsable Bâtiment durable Groupe chez GSE.

Supply Chain Magazine : Sait-on faire un entrepôt bas carbone ?

Brice Pigaglio - GSE
Brice Pigaglio, responsable Bâtiment durable Groupe chez GSE – GSE

Brice Pigaglio : Les leviers de décarbonation sont réels, plus seulement pour réduire le carbone opérationnel lié à l’exploitation, ou cadrer avec la réglementation RE2020 axée sobriété énergétique qui ne concernait jusque récemment que les m² tertiaires. Pour le carbone incorporé découlant de la construction, le 1er impact passe par l’emploi de béton bas carbone sur la partie dallage, comme GSE l’a systématisé depuis 2023, et désormais pour les autres éléments coulés en place, comme les fondations. Certains bétons sans clinker sont très prometteurs, avec une empreinte réduite jusqu’à -70% grâce à des liants alternatifs. Le potentiel est aussi côté acier avec des solutions recyclées, pour les éléments de toiture mais aussi de structure, tandis que la construction mixte bois-béton se généralise. Quant à l’isolation, l’impact sera moindre à l’échelle d’un entrepôt mais outre les matériaux biosourcés, il devient possible d’isoler certaines surfaces avec des laines minérales de réemploi. Et un nouveau champ exploratoire concerne l’empreinte des lots techniques, notamment de chauffage-ventilation-climatisation ou les courants fort/faible, vu que ces équipements représentent jusqu’à la moitié des émissions au m² construit.

SCM : Quelle réduction d’empreinte escompter ?

B.P. : C’est très variable d’un projet à l’autre, mais une fourchette de -10 à -15% d’émissions liées à la construction est atteignable en conjuguant ces leviers. Et c’est le cœur de métier des équipes Bâtiment durable et Innovation de GSE d’éclairer les choix pour encourager les diverses parties prenantes à rehausser leur curseur d’ambition en matière de décarbonation. Et plutôt que d’intervenir avec la seule casquette de contractant général pour réaliser un projet déjà 100% ficelé, y compris côté autorisations et PC, c’est en nous impliquant le plus en amont – comme dans le cadre d’une convention d’études / conception – que nous pourrons maximiser ce potentiel de décarbonation. C’est dans cette optique que nous avons généralisé l’Analyse de Cycle de Vie [ACV] dès les premières phases de tous nos projets, avec l’enjeu d’embarquer nos clients dans cette approche et de leur proposer différents scénarios technico-économiques, dûment quantifiés sous l’angle carbone.

SCM : La stratégie d’économie circulaire de GSE s’inscrit-elle dans cette dynamique ?

B.P. : Complètement. Elle s’emploie à aller au-delà de l’indicateur carbone en visant aussi à réduire les quantités de déchets de chantier, ainsi que de matières premières mises en œuvre. Le sujet s’invite peu à peu en entrepôt via le volet réglementaire, la RE2020 attribuant un impact carbone nul aux éléments réemployés, ainsi que via le futur label européen Low Carbon Building Initiative [LCBI], variante adaptée aux entrepôts du label BBCA [Bâtiment Bas CArbone] à l’élaboration de laquelle nous avons participé. GSE était déjà engagé sur cet axe de la circularité dans la gestion des chantiers, avec une maîtrise démontrée pour les divers déchets, les matériaux issus d’une démolition voire les m³ de terre en phase terrassement. L’enjeu du réemploi infuse côté construction ou rénovation, surtout sur la partie bureaux pour des équipements de finition, sanitaires ou même moquettes et faux plafonds, mais aussi du petit matériel technique (luminaires, chemins de câbles…). Et il y a des exemples de réutilisation d’éléments de charpente métallique, comme des mezzanines, avec des écueils assurantiels récemment levés. La prochaine étape s’attaquera sans doute aux équipements des lots techniques évoqués. Sur chaque sujet, l’élément clé tient à l’émergence de filières d’économie circulaire à l’échelle des territoires, suivie de près par nos équipes GSE Régions.

Propos recueillis par Maxime Rabiller

Maxime Rabiller

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