©S.Trouvé
Ceux qui ont tenté en vain d’acheter un climatiseur la semaine dernière auront vérifié que la réaction en « mode pompier » à un évènement comme cette canicule en « vigilance rouge » s’avère plus aléatoire qu’une bonne vieille planification basée sur des prévisions. En l’occurrence celles martelées par le GIEC depuis des décennies. Et si l’on en croit le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (voire notre simple bon sens), ces épisodes de fortes chaleurs vont devenir la norme, et les records de températures vont s’enchaîner. Bref, on aurait pu mettre de côté depuis bien longtemps pour s’acheter un climatiseur digne de ce nom.
Il en va de même en Supply Chain : combien d’entreprises se sont vraiment lancées dans une démarche de planification globale intégrant de manière systématique des paramètres environnementaux liés à la décarbonation ? Trop peu pour changer la donne. Certes, les efforts sont réels, notamment sur l’électrification des flottes de camions, devenue l’un des priorités identifiées par le gouvernement… depuis le blocage du détroit d’Ormuz. Tiens, revoilà le mode pompier… En fait, il faudrait arriver à prendre conscience que les actions que l’on ne mène pas pour décarboner ne seront pas sans conséquences, sur toutes les supply chains, y compris la sienne.
En voici un exemple : Oleksandr Kulish, consultant senior chez Transporeon, alerte depuis des mois sur le fait que la baisse continue du niveau du Rhin pourrait aggraver le problème de capacité dans le transport routier en Europe. A Kaub, en Rhénanie-Palatinat, le niveau d’eau était de 106 cm le 22 juin, contre une moyenne annuelle de référence de 208 cm ! Il y a une chance que cet étiage passe sous peu sous la barre des 100 cm, d’où un report massif vers les réseaux routiers européens, sachant qu’une seule péniche transporte autant que 50 à 150 poids lourds. Or dans le contexte actuel, les acteurs du TRM ont des marges de manœuvre très limitées… « Si les précipitations et les températures clémentes ne reviennent pas, la fenêtre permettant une planification proactive et une atténuation des risques se refermera, forçant les opérations à se reposer uniquement sur la gestion de crise » avertit Oleksandr Kulish. Au fait, comment dit-on « mode pompier » en allemand ? Jean-Luc Rognon
Auteur :
Jean-Luc Rognon