© S. Trouvé
Ce week-end, l’Iran a choisi de répondre à l’opération « Fureur épique » menée conjointement par les Etats-Unis et Israël par des tirs de missiles et de drones tous azimuts. Certaines conséquences étaient anticipées depuis longtemps, comme le quasi-blocage du détroit d’Ormuz par lequel transite près de 20% de la production mondiale de pétrole brut (provenant d’Iran, des EAU, du Koweït et d’Irak), d’où un risque bien réel d’une flambée des prix de l’énergie. Les navires pétroliers ne sont pas seuls concernés : quelque 170 porte-conteneurs (soit un total de 450.000 EVP) seraient dans l’impossibilité de sortir du Golfe Persique. Et les grands armateurs qui réempruntaient depuis quelques mois, avec parcimonie, le canal de Suez pour leurs services Est-Ouest, ont déjà annoncé reprendre la longue route du cap de Bonne-Espérance (avec un coût supplémentaire par EVP), face au risque de nouvelles attaques des rebelles houtis depuis le Yémen.
En revanche, s’il était également prévisible que l’Iran chercherait à frapper Israël et les bases militaires américaines au Moyen-Orient (à Ryad, Abou Dhabi, Manama ou Doha), une cible supplémentaire était moins attendue : Dubaï, où les Américains ne sont pas militairement présents (à ma connaissance). Son port, Jebel Ali, le plus important du Moyen-Orient, a dû fermer provisoirement ce week-end suite à un incendie causé par la chute d’un débris de roquette. Même s’il a réouvert ce matin, les opérations vont tourner au ralenti vu la situation dans le détroit d’Ormuz. Quant au trafic aérien de ses deux aéroports, il est interrompu jusqu’à nouvel ordre. Autrement dit, cette plaque tournante du transport entre l’Est et l’Ouest est actuellement quasi-paralysée, alors que Dubaï a justement investi des sommes colossales en logistique en prônant la connectivité sea-air comme le moyen de rendre les supply chains plus résilientes entre l’Asie et l’Europe. Combien de temps ce conflit durera-t-il ? Personne ne le sait, mais une chose est sûre, l’Iran a rajouté dans son jeu une carte supply chain pour attiser les tensions dans la région. Jean-Luc Rognon
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Jean-Luc Rognon