© S. Trouvé
Voici plus de trois semaines que s’applique la taxe petits colis, votée dans le cadre de la loi de finances 2026. Pour chaque colis de moins de 150 €, il en coûte 2 € par catégorie d’article qu’il contient. Or il aura fallu seulement trois jours pour constater le fiasco que beaucoup d’experts avaient prédit. Dès le 3 mars, les déclarations en douane de petits colis à Roissy avaient déjà chuté de 92%. Car les flux, notamment ceux en provenance de Chine de gros e-commerçants comme Shein ou Temu, se sont instantanément déplacés vers Liège, Amsterdam-Schiphol ou Francfort, dans des pays européens où cette taxe n’existe pas (encore). Et ces centaines de milliers de petits colis poursuivent chaque jour leur route vers la France par camion (bonjour le CO2), sans taxe supplémentaire en vertu de la libre circulation des biens à l’intérieur de l’UE.
L’effet de cette nouvelle taxe au bout d’une semaine : une cinquantaine de vols de fret en moins à Roissy Charles-de-Gaulle (le dernier vol 100% cargo en provenance de Shenzhen vers CDG date du 27 février). Quant à l’aéroport de Vatry (rebaptisé XCR Airport l’an dernier), le voilà au bord de la cessation d’activité vu le poids écrasant du fret aérien de l’e-commerce chinois dans son modèle économique. C’est tout un écosystème logistique et ses centaines d’emplois de manutentionnaire, opérateur ou déclarant en douane, qui est ainsi mis en danger par cette initiative pourtant pleine de bonnes intentions. Car l’objectif était louable : lutter contre la déferlante des produits bon marché vendus sur les plateformes e-commerce chinoises et financer le renforcement des contrôles de ces colis à leur arrivée sur le territoire. Sauf que la France a voulu faire cavalier seul, sans attendre l’instauration de cette mesure au niveau européen, prévue pour novembre 2026. L’Italie, qui nous a devancés en janvier et a été confrontée aux mêmes effets, annonce déjà le report temporaire de sa taxe.
Ce n’est pas le cas de notre ministre du Commerce, Serge Papin, qui n’envisagerait aucun retour en arrière. Le pire n’est pas seulement que cette taxe ne rapportera pas un Euro dans le budget, mais qu’elle risque aussi de grever les comptes publics du manque à gagner fiscal sur toutes les entreprises impactées. Quant au contrôle accru sur les petits colis qui devait être effectué dans nos aéroports, il est probable qu’il ne sera pas effectué par nos voisins sur les flux à destination de la France. L’enfer est pavé… de petits colis ! Jean-Luc Rognon
Auteur :
Jean-Luc Rognon