Spécial salaires : ce que valent les métiers de la Supply Chain

Enquête salaires 2026 en Supply Chain : marché de l'emploi en reprise, salaires stabilisés, impact de l'IA et enjeux de transparence salariale.
27/03/2026

Si 2025 n’était pas un grand cru sur le marché de l’emploi en Supply Chain, les recruteurs se montrent plus optimistes pour 2026, même si les derniers évènements géopolitiques pourraient changer la donne. Côté salaires, la stabilité reste de mise depuis trois ans et la situation ne semble pas devoir évoluer drastiquement à court terme.

diane boustani - michael page
Diane Boustani, Practice Manager © Michael Page

« Atone », « attentiste », « frileux », « ralenti » … tels sont les mots employés par les cabinets spécialisés que nous avons interrogés pour qualifier le marché du recrutement en 2025. « Selon notre dernière étude des rémunérations dédiée aux métiers de la Supply Chain, plus de 28.000 offres d’emploi ont été publiées en 2025 contre 39.000 en 2023, soit une baisse significative. Nous observons une plus grande prudence chez nos clients lorsqu’il s’agit d’ouvrir des postes » illustre Diane Boustani, Practice Manager chez Michael Page, qui précise que « l’Ile-de-France représente le plus gros bassin d’emploi suivi de près par la région Auvergne-Rhône-Alpes ».

Constat partagé par Lionel Amant, Team Lead Régional IDF de Fed Supply : « Les nombreuses instabilités politiques et géopolitiques des dernières années (crise du Covid, guerre en Ukraine, conflit au Moyen-Orient, décisions douanières nord-américaines…) n’ont pas encouragé les entreprises à investir massivement dans leurs recrutements. Nous le ressentons dans notre activité avec un nombre de postes moindre par rapport à la situation d’il y a quelques années ».

2026, sous de meilleurs auspices ?

cyrielle thonnard, dirigeante de My Supply
Cyrielle Thonnard, dirigeante de My Supply © MySupply

Cyrielle Thonnard, dirigeante de My Supply, observe malgré tout des dynamiques un peu différentes selon le type de postes : « le ralentissement a été incontestable en particulier au cours du premier semestre 2025 mais particulièrement exacerbé pour les niveaux de directeurs (Supply Chain et/ou des opérations). En revanche, sur les postes de middle management (des cadres entre 50 et 60 k€), le turnover naturel maintient une certaine activité dans le recrutement mais pas pour des créations de postes ».

A propos du turnover naturel, Marie Roux, Manager – Achats, Supply Chain, Sales, Marketing chez Robert Walters, mentionne le durcissement des critères de sélection des recruteurs : « les cahiers des charges sont de plus en plus restrictifs. A l’inverse, les candidats déjà en poste sont également très frileux à la perspective de bouger et augmentent leur niveau d’exigence pour envisager une mobilité ». S’agissant de 2026, Cyrielle Thonnard perçoit un début de reprise du marché : « le début d’année est prometteur avec de nouvelles demandes et des nouveaux besoins. J’anticipe une année plus sereine que 2025 ».

Lionel Amant évoque lui aussi un léger frémissement en Ile-de-France : « le marché repart, que ce soit sur les créations de postes ou les remplacements. Mais voyons si cela se confirme dans les prochains mois ».

Une stabilisation des salaires

Côté salaires, il n’y a pas eu d’évolutions particulièrement notables ces dernières années. Les niveaux de rémunération ont suivi les courbes d’inflation sans envolée remarquable. « Si la période 2020-2023 a enregistré des hausses conséquentes de salaires, notamment dans le domaine des fonctions achats pour la catégorie IT, les années 2023-2026 sont des années de stabilisation globale en termes de rémunération » constate Marie Roux.

Lionel Amant cite également l’exemple de l’administration des ventes : « Entre 2021 et 2024, il y a eu une véritable envolée des rémunérations qui s’est stabilisée depuis. Les entreprises avaient du mal à suivre. Lorsqu’on nous confiait un besoin pour un poste en administration des ventes, il était assez difficile de répondre à la demande sans dépasser le budget, de 5-10% la plupart du temps et parfois même de 15-20% ».

Au-delà du salaire fixe, notons que les entreprises investissent et valorisent davantage l’approche des « avantages » (variable, épargne salariale, Perco, voiture de fonction, télétravail…) afin de se rendre plus attractives auprès des candidats.

Salaires dans la Supply Chain ? Des différences suivant le secteur, la taille, la région

marie roux © MySupply
Marie Roux, Manager – Achat Supply Chain, Sales, Marketing chez Robert Walters © Robert Walters

Pour gagner plus, miser sur le secteur d’activité ! Celui-ci peut s’avérer structurant. Les recruteurs citent unanimement l’industrie pharmaceutique comme étant l’une des plus rémunératrices. Le luxe, l’aéronautique-défense, l’automobile et le high-tech caracolent également en haut du podium. A l’inverse, la prestation (logistique et transport) peine à tirer son épingle du jeu même si des efforts sont faits par certains pour rester concurrentiels sur le marché de l’emploi.

La taille de l’entreprise constitue aussi un élément différenciant. D’une manière générale, les grandes s’appuient sur des grilles de salaires plus avantageuses que celles de taille plus modeste. La dimension géographique influe aussi sur les fourchettes salariales. La région parisienne offre indéniablement des conditions salariales meilleures que dans le reste du pays, ce qui ne signifie pas pour autant un plus grand pouvoir d’achat. « Les rémunérations en Ile-de-France sont en moyenne de 10 à 15% plus élevées par rapport à un même poste en région » estime Lionel Amant. La question s’avère d’ailleurs souvent épineuse pour les candidats parisiens postulant à des postes en province.

« Ils peuvent être frustrés de ne pas obtenir l’augmentation de salaire qu’ils obtiendraient de façon assez mécanique en restant à Paris. Nous devons parfois faire preuve de pédagogie pour leur expliquer que le maintien d’un salaire parisien même à Lyon constitue déjà une amélioration du pouvoir d’achat » explique Marie Roux qui insiste beaucoup sur les vertus de la mobilité, qu’elle considère comme « un levier déterminant pour accéder à des postes difficilement accessibles en se limitant à sa zone géographique, et qui permet d’élargir le champ des opportunités professionnelles et business ».

Certains postes particulièrement recherchés

Selon Cyrielle Thonnard, « les postes de chef de projets (logistique, transformation, lean) comptent parmi les plus recherchés actuellement. A cela, s’ajoutent un certain nombre de fonctions du middle management : demand et supply planner, supply chain manager, responsable d’exploitation logistique. Les candidats sont en général nombreux pour ces métiers mais n’ont pas trop de difficulté à se faire recruter rapidement. A l’inverse, une recherche pour un directeur Supply Chain avec une rémunération d’environ 200 k€ prend plus de temps ».

Lionel Amant, Team Lead Régional IDF de Fed Supply
Lionel Amant, Team Lead Régional IDF de Fed Supply © Fed Supply

Pour Lionel Amant, les profils les plus recherchés sont très axés sur l’optimisation de la Supply Chain : « Les postes qui ont particulièrement le vent en poupe en ce moment sont en lien avec les prévisions de ventes, le S&OP, la planification de production, les approvisionnements, la coordination des flux. Cela dit, il n’y a pas de tension particulière sur ces postes ». On comprend qu’en général, les postes « en amont » (demand planner, supply planner, S&OP…), avec globalement des profils plus diplômés, sont légèrement mieux rémunérés que les fonctions « aval » (exploitation, ADV, transport…).

S’agissant des postes de direction des opérations et/ou Supply Chain, Marie Roux souligne que « les employeurs sont particulièrement attentifs aux soft skills : ils privilégient désormais des profils plus orientés business, en interaction avec l’externe, les points de ventes, les clients, et non plus uniquement centrés sur les dimensions opérationnelles et logistiques ».

Ce sont d’ailleurs ces postes de directeur Supply Chain qui restent les plus rémunérateurs.

Pas encore de « grand remplacement IA » en vue !

Aussi étrange que cela puisse paraître, alors que l’IA s’installe progressivement dans les entreprises, les cabinets de recrutement n’observent pas de grands impacts sur la nature de leurs demandes actuelles. La démocratisation de l’IA, en particulier grâce à l’IA générative, ne datant que des 18 derniers mois, les changements structurels majeurs n’ont pas encore eu lieu. Les recruteurs n’observent pas d’amoindrissement des demandes pour des postes que l’on sait aisément automatisables à court terme. Ils anticipent davantage une transformation du contenu de certains postes que sur leur disparition, ce qui devrait entraîner une évolution des tâches et, par ricochet, des compétences requises. L’avenir nous dira si cette perception ne s’avère pas un peu trop optimiste…

Enquête réalisée par Julia Fustier

Pour compléter, à lire dans le magazine numéro 86-87

> Le Top 3 des métiers avec les meilleurs salaires d’entrée

> Où en est-on de la transparence salariale en Europe ?

> Un écart salarial de 6,8% entre hommes et femmes à profil identique

> Diane Boustani, Practice Manager chez Michael Page : « Lorsque l’on demande moins, on obtient moins ! »

> Les perspectives attendues pour 2026 selon Robert Walters

> Panorama 2025 de Fed Supply : quelle rémunération pour quel métier ?

> Le top 5 des avantages sociaux préférés des candidats selon Hays

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