Dans le domaine des réseaux télécoms et de distribution de gaz, trois grands types de Supply Chain cohabitent : celle de la maintenance, celle du déploiement du réseau et celle de la circularité. Explications avec Elisabeth Auzanneau, associée chez Diagma.
« Garantir la qualité de service »
Supply Chain Magazine : Quelles sont les singularités de la Supply Chain de maintenance des réseaux ?
Elisabeth Auzanneau : Chez Diagma, nous avons une grande expérience dans le domaine des réseaux de télécoms et de la distribution de gaz. Commençons par évoquer les points communs entre ces acteurs. Le réseau est un actif incontournable pour la création de valeur de l’entreprise, qui doit être opérationnel 24h/24 et 7j/7. La Supply Chain de maintenance du réseau est donc un élément clé.
Son périmètre couvre les techniciens, en général itinérants, à travers le territoire et les équipements nécessaires à leurs interventions. Les acheminements d’équipements sont gérés via un réseau physique de points de stockage, dans des délais très exigeants (J+1 et parfois H+…).
La vocation première de la Supply Chain de maintenance est de garantir la qualité de service en mettant à disposition le bon équipement et le bon outillage au technicien, au bon endroit et dans les délais escomptés. Malgré le niveau de service exigé, les opérateurs doivent aussi composer avec l’optimisation du BFR associé au stock.
En général, cette Supply Chain s’appuie sur deux niveaux de stock : le stock roulant dans le véhicule du technicien, faisant l’objet de réapprovisionnements réguliers, et le stock central. Par ailleurs, idéalement, la maintenance doit avoir lieu sans interrompre le service.
Une Supply Chain dédiée au déploiement du réseau
SCMag : D’un point de vue logistique, comment est gérée l’évolution des réseaux télécoms et de gaz ?
E.A. : Un réseau est un objet vivant. Prenons le cas d’un opérateur télécom qui démarre la commercialisation de la 5G. Dans ce cas, on parle de Supply Chain de déploiement du réseau, comparable aux Supply Chains des projets.
Elle se distingue de la Supply Chain de maintenance car elle requiert la manipulation d’équipements complets : armoires dans le cas des télécoms, câbles, antennes… En raison de la valeur unitaire très élevée d’un équipement, il ne s’agit pas de multiplier les stocks sur le territoire.
L’activité d’évolution du réseau est planifiée et structurée par des projets de déploiement. Elle est régie par un Activity and Operations Planning — un équivalent du S&OP sans la dimension ventes — s’appuyant sur une demande d’équipements consolidée qui constitue le point de départ de la planification des réapprovisionnements du stock central auprès des équipementiers.
L’étape suivante est la gestion de la livraison des équipements aux installateurs sur les lieux de montage. La situation est tout à fait comparable dans le cas du réseau de gaz pour l’installation des compteurs.
Le réemploi au cœur d’une troisième Supply Chain
SCMag : Abordons maintenant le troisième type de Supply Chain des réseaux ?
E.A. : Absolument, car il est essentiel de mentionner la Supply Chain de modèle circulaire. En raison des valeurs unitaires élevées des équipements et de la généralisation des politiques RSE, l’opérateur se pose désormais systématiquement la question du réemploi des équipements démontés.
Cette reverse supply chain inclut la planification des démontages, l’évaluation de l’état de l’équipement et son éventuelle remise en état, réalisée par des prestataires spécialisés, pour une remise en stock et un réemploi en qualité d’équipement de deuxième main — ou, à l’inverse, pour son recyclage.
Idem pour les pièces de rechange dans le cadre de la Supply Chain de maintenance. Malgré les coûts occasionnés, il s’agit souvent d’une alternative avantageuse à l’achat de pièces neuves.
Ferroviaire, électricité : les mêmes enjeux de disponibilité
SCMag : Qu’en est-il des autres catégories de réseaux ?
E.A. : Concernant les infrastructures ferroviaires, elles se doivent également de fonctionner sans période d’interruption. On y retrouve des Supply Chains de maintenance curative, préventive et même prédictive pour les infrastructures de circulation (rails, signalisation, caténaires…) et les matériels roulants (wagons…).
L’IA joue un rôle essentiel dans le développement de la maintenance prédictive : suivi en temps réel de l’état d’usure des équipements roulants et de réseau, analyse de signaux avant-coureurs et déclenchement d’actions… Se posent toujours aussi les problématiques de mise à disposition des équipements, pièces et outillages.
J’ajouterais que les équipementiers ferroviaires expérimentent l’impression 3D, qui présente des avantages indéniables pour des pièces peu rentables à refabriquer industriellement.
Conformément à des projets de déploiement ou de modernisation du réseau (lignes haute tension, pylônes, câbles…), les distributeurs d’électricité gèrent également des Supply Chains d’équipements afin de garantir le bon fonctionnement de la distribution d’électricité.
Propos recueillis par Julia Fustier