La percée des plateformes du e-commerce chinois repose s’appuie notamment sur un principe de Direct Shipping, relève France Logistique, qui en soulève les enjeux. ©France Logistique
Dans une note d’analyse, France Logistique dissèque les modèles opérationnels du e-commerce qui ‘disruptent’ les pratiques et acteurs de l’Hexagone. Dans son viseur : les plateformes chinoises telles que Shein, Temu et consorts, qui concourent pour l’essentiel aux plus de 2 millions de petits colis arrivant chaque jour en France, selon le rythme constaté à l’automne par la statistique publique du commerce extérieur. Avec une valeur déclarative moyenne de seulement 6,4€, quasi divisée par deux depuis 2022, il s’agit pour moitié de vêtements, chaussures et accessoires, devant les petits produits du quotidien. « Direct shipping » ou intégration verticale, France Logistique dénote deux variantes opérationnelles pour livrer les consommateurs français et européens, qui s’affranchissent chacune de recourir aux moyens et circuits logistiques du pays.
Deux ruptures qui s’hybrident
« Zéro stock, zéro entrepôt », et zéro ancrage dans le pays de destination, le direct shipping est la formule qui a sous-tendue l’impressionnante percée de Shein et Temu : les produits fabriqués en Chine, certains à la commande, sont expédiés à l’achat par avion et livrés sous une dizaine de jours en s’appuyant jusque-là pour ce trajet final sur des acteurs locaux, comme La Poste. Or même ce dernier maillon passe dans les mains d’acteurs chinois, observe France Logistique, relevant que des acteurs tels que Gogo ou JS Logistics ont emboité le pas de Cainiao (pour AliExpress) en développant en France et ailleurs en Europe des capacités d’entreposage mais surtout de tri et des agences de distribution. Le modèle devient toutefois moins monolithique, relève France Logistique, au vu par exemple du développement par Shein de gigantesques entrepôts en Pologne. C’est d’ailleurs l’intégration verticale qui constituait jusque-là l’autre modèle, même s’ils ne sont plus antinomiques. Dans ce cas, « la chaîne de valeur est avalée de bout en bout », en court-circuitant les opérateurs logistiques traditionnels sur la partie entreposage jusqu’au dernier km, comme avec une nouvelle plateforme e-commerce telle que JoyBuy, lancée par JD.com en développant tout un réseau eu propre en Europe.
« Ces modèles remettent en cause l’organisation logistique du e-commerce, avec des impacts et des risques bien réels : fuite de valeur par le contournement du territoire et des entreprises françaises, dumping social et impact environnemental », s’inquiète France Logistique, en appelant à amplifier l’action au niveau européen pour éviter le contournement de mesures nationales comme au printemps pour la taxe française sur les petites colis, dont nous avions évoqué les effets contre-productifs. Sans compter l’importance de faire respecter nos normes –droit du travail, sécurité des produits, normes environnementales– poursuit l’organisme, en souhaitant plus de support à la transformation des acteurs d’une logistique « made in France ». MR
Auteur :
Maxime Rabiller