© S. Trouvé
Alors que le détroit d’Ormuz n’a jamais paru aussi bloqué que ce week-end, qui a vu un porte-conteneur CMA CGM essuyer des « tirs de semonce », les conséquences sur les supply chains montent d’un cran. Evidemment, la flambée des prix du carburant fragilise grandement le TRM, qui en France est notre moyen ultra-majoritaire d’acheminer les marchandises vers les clients. Mais le problème concerne aussi l’amont, avec l’envolée des prix des matières premières dérivées du pétrole et du gaz. Faute d’approvisionnement en urée, ammoniac et autres phosphates, certaines usines asiatiques ont déjà réduit -voire stoppé- provisoirement leur production d’engrais, ce qui grève d’autant les futures récoltes en Europe, Afrique ou au Brésil.
Mais un autre gros problème de ce nœud gordien et ormuzien se situe au niveau des plastiques vierges, également dérivés du pétrole, dont les cours ont aussi très fortement augmenté. Cela a conduit la semaine dernière à la fermeture temporaire de l’usine Utz France à Saint-Vulbas, qui produit des bacs et palettes en plastique. Est-ce l’arbre qui cache la forêt, vu que la plupart des acteurs de la Plastics Vallée de l’Ain voient leurs marges et leur trésorerie fondre, avec des risques de rupture d’approvisionnement qui se précisent ? Or ces spécialistes de la plasturgie sont des maillons essentiels dans nombre de filières, comme l’automobile, l’emballage alimentaire et cosmétique, les équipements médicaux et paramédicaux, etc.
Essayons de rester sur une note positive. Comme pour la décarbonation et l’électrification, on peut se dire que l’effet Ormuz devrait donner un coup de boost aux initiatives de recyclage des plastiques en Europe et notamment en France, où le règlement PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation) entre en vigueur cette année, comme nous l’évoquions dans un précédent édito. A partir du 1er juillet, les fabricants, importateurs et distributeurs d’emballages transport ou de produits emballés devront s’acquitter d’une éco-contribution pour financer tout cela. Mais combien de ces futurs éco-contributeurs risquent de jeter l’éponge d’ici là ? Jean-Luc Rognon
Auteur :
Jean-Luc Rognon